Peinture
fétiche d'Eliane Larus, cette première scène dextérieur
fut également la première uvre qu'elle réalisa
après trois années darrêt, faisant mentir
le précepte selon lequel "un peintre ne doit jamais cesser
de peindre".
Presque tous les éléments de son monde sont déjà
là : enfants, animaux, personnages pittoresques, tout comme la
manière dont elle les peint et les dispose. Il sagit là
dune uvre privilégiée dont la touche sensible
et la fraîcheur desprit ravissent lil.
La composition est dense, sans être toutefois saturée,
car le ciel traité dune manière neutre apporte un
agréable espace de respiration. Dans une roulotte biscornue -
tableau dans le tableau - et au-dessus dune silhouette privée
de bras, une femme tient une bouteille. Une espèce dectoplasme
livide lui fait face.
Larrière
de la roulotte forme un visage dont lil est cerné
de rouge. Nous sommes dans une sorte de terrain vague où lon
distingue des rochers et de lherbe. Un ciel nocturne charrie des
nuages bizarres, tandis quun cerf-volant et des lampions évoquent
à larrière-plan lidée dune fête.
Mais nous restons à lécart, dans la zone un peu
secrète qui constitue lespace vital provisoire dune
humanité marginale.
Limpression de fraîcheur suggérée par les
personnages, dont la facture rappelle les dessins denfants, peut
être trompeuse : les entités ambiguës peintes par
Eliane Larus portent souvent en filigrane les stigmates de la solitude,
du désespoir, voire du tragique. Car chez ce peintre, si un tableau
peut parfois en contenir un deuxième, une impression peut aussi
en cacher une autre...