Précédent |

Les forains

1978 - Peinture acrylique sur carton toilé, 49 x 60cm
Adaptée en 1986 pour un grand panneau
Collection privée, Paris

Peinture fétiche d'Eliane Larus, cette première scène d’extérieur fut également la première œuvre qu'elle réalisa après trois années d’arrêt, faisant mentir le précepte selon lequel "un peintre ne doit jamais cesser de peindre".
Presque tous les éléments de son monde sont déjà là : enfants, animaux, personnages pittoresques, tout comme la manière dont elle les peint et les dispose. Il s’agit là d’une œuvre privilégiée dont la touche sensible et la fraîcheur d’esprit ravissent l’œil.
La composition est dense, sans être toutefois saturée, car le ciel traité d’une manière neutre apporte un agréable espace de respiration. Dans une roulotte biscornue - tableau dans le tableau - et au-dessus d’une silhouette privée de bras, une femme tient une bouteille. Une espèce d’ectoplasme livide lui fait face.

L’arrière de la roulotte forme un visage dont l’œil est cerné de rouge. Nous sommes dans une sorte de terrain vague où l’on distingue des rochers et de l’herbe. Un ciel nocturne charrie des nuages bizarres, tandis qu’un cerf-volant et des lampions évoquent à l’arrière-plan l’idée d’une fête.
Mais nous restons à l’écart, dans la zone un peu secrète qui constitue l’espace vital provisoire d’une humanité marginale.
L’impression de fraîcheur suggérée par les personnages, dont la facture rappelle les dessins d’enfants, peut être trompeuse : les entités ambiguës peintes par Eliane Larus portent souvent en filigrane les stigmates de la solitude, du désespoir, voire du tragique. Car chez ce peintre, si un tableau peut parfois en contenir un deuxième, une impression peut aussi en cacher une autre...