Bonhomme girouette
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Bonhomme girouette 1984 - Etude pour un timbre-poste
Technique mixte sur bois et cuivre, 172 x 76 cm(h.s)
Collection particulière, Philadelphie

Ce personnage découpé aux dimensions humaines, vêtu d’une chemise à carreaux et d’effets rapiécés pouvant évoquer une idée d’homme des champs, semble être le proche cousin du Bonhomme de paille et de L’homme de fer du Magicien d’Oz.
Il représente lui aussi un épouvantail et les pales de la girouette sont censées effaroucher les oiseaux lorsqu’elles tournent.
Il s’agit chez Larus de la première association bois-métal. Les socles en contre-plaqué, dont on voit ici un exemple un peu lourd, furent remplacés plus tard par des plates-formes en tôle.
Les bois dressés sur socle d’Eliane Larus sont nés de ses bois découpés muraux (eux-mêmes issus de dessins au pourtour irrégulier). Ses premières pièces murales étaient constituées de personnages mis en situation dans un paysage. Elles furent suivies assez rapidement par d’autres pièces également destinées à l’accrochage mais ne comportant pas de fond. Larus cherchait ainsi à donner un surcroît d’autonomie à ses personnages. L’observation de l’un d’entre eux posé contre une chaise avant accrochage lui donna l’idée de les rendre encore plus indépendants en les éloignant des murs. Il s’agissait alors surtout de portraits en buste (Mère à l’enfant malade, Nègre au chien, etc.) dont le verso n’était pas peint. Les tout premiers de ces bustes comportaient encore un système d’accrochage mais pouvaient être posés grâce à un petit socle à tige. Les personnages en pied découlèrent naturellement de cette dernière évolution.
Les différences effectives entre les totems de Gaston Chaissac et les bois découpés d’Eliane Larus, très tôt perçues par Dubuffet, sont assez clairement discernables ici.
Pour la réalisation de ses pièces en trois dimensions, Chaissac travaillait presque toujours sur des formes préexistantes : planches de rebut, vieux balais, ustensiles abîmés, etc. Larus dessine d’abord sur un bois neuf qu’elle découpe ensuite. Les formes dues au hasard n’apparaîtront chez elle que tardivement : il s’agit de la série des linoléums usés montrée en Octobre 1990 à la galerie Bercovy-Fugier à Paris.
Sur ses totems, Chaissac cerne les formes d’un trait noir appuyé. Ce procédé est très rarement observé sur les bois découpés de Larus. Surtout, Chaissac étale ses couleurs par aplats, excluant le plus souvent nuances et juxtapositions. A l’opposé, chez Larus les couleurs sont travaillées, étayées par un relief, nourries de vibrations et d’effets de transparence qui l’éloignent autant de Chaissac que de l’art brut. Chaissac a le génie de la simplicité ; les personnages que nous lui devons ont souvent un petit visage, alors que ceux d’Eliane Larus sont fréquemment pourvus d’une tête importante, comme si leur corps était arrêté aux proportions de l’enfance.
Chaissac définit maintes fois les sourcils et le nez d’un seul trait ; Larus distingue ces trois éléments, insiste sur les détails : bouche, carnation, chevelure, etc.
Il y a probablement autant de différences que de similitudes entre les bois peints du Peintre aux épluchures et ceux d’Eliane Larus. On ne peut nier qu’il s’agit de la même famille, ou en tout cas d’un état d’esprit commun. Chaissac n’est d’ailleurs pas plus naïf que Larus : les lettres qu’il écrit ont des élégances d’écrivain, il théorise, expérimente, s’intéresse aux dessins d’enfants, s’enthousiasme pour les peintres de son temps.
La réaction positive de Jean Dubuffet lorsqu’il prit connaissance des travaux d’Eliane Larus permet d’imaginer que le Solitaire de Vix aurait peut-être aimé lui aussi cette peinture-là, si proche et malgré tout si différente.
La ressemblance entre les sculptures de Chaissac et celles de Larus n’apparaît qu’à un niveau superficiel. On pourrait trouver plus de correspondances entre Cobra et Larus (plus particulièrement avec Karel Appel pour certains dessins). Il s’agit en fait d’une question d’acuité du regard.