Nu au fauteuil noir
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Nu au fauteuil noir 1988 - Huile sur panneau, 55 x 46 cm
Collection particulière, Saint-Denis de la Réunion

Eliane Larus a pris une évidente liberté au plan anatomique avec cette huile sur panneau. Ce nu apparaît comme un exercice délicat, car contrairement à d’autres œuvres de conception plus dénaturée, on reste ici dans le cadre d’un certain classicisme.
En dépit des apparences, ce personnage est effectivement plus difficile à élaborer que certains autres dont l’anatomie présente une fantaisie formelle plus prononcée. L’humanité de ce nu reste perceptible, nous sommes encore dans la proximité du vivant. Il est donc malaisé de ne pas percevoir comme monstrueuse la femme qui est ici représentée.
Le dessin remarquablement élémentaire cloisonne le corps du personnage en quatre zones tout à fait inhabituelles. Si l’on observe séparément chacune des trois aires principales (bras gauche + sein gauche, bras droit + sein droit, abdomen + cuisses) on obtient des éléments qui, sortis de leur contexte, seraient assez difficilement identifiables. Ce cloisonnement en parties aussi hétérogènes qu’étrangères à l’anatomie objective constitue le point fort de cette peinture.
Dans la partie haute du panneau un jeu de droites apporte une impression d’espace, mais sert aussi de contrepoint aux courbes qui définissent le personnage et le fauteuil (il y a malgré tout quelque chose d’angoissant qui se dégage de cette construction).
La facture très libre de l’ensemble et l’étrangeté formelle des mains nous encourage à prendre une distance avec le sujet du tableau. Peut-être la bouche ouverte de cette odalisque disgracieuse - mais dont la force picturale illustre assez bien le concept de "beauté convulsive" cher aux surréalistes - essaie-t-elle de nous dire qu’elle n’est pas une femme mais une peinture ?