Tête orientale
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Tête orientale 1989 - Pastel à l’huile et acrylique sur linoléum usé
53 x 26 cm
Collection privée, Paris

Lorsqu’à la fin d’un dimanche de novembre, intriguée par la beauté de ce matériau insolite, Eliane Larus détache les feuilles de linoléum qui recouvrent les murs extérieurs d’une cabane abandonnée, elle découvre avec surprise que derrière ces minces parois hibernent araignées, guêpes, papillons, cloportes, et tout un petit peuple tisseur de cocons engourdi par le froid et comme figé dans un rêve.
Bien plus, sous l’effet des intempéries, ce mélange de feutre et de goudron s’est curieusement confondu avec le matériau qu’il imitait. Ce qui simulait grossièrement la pierre ressemble étrangement au granit ; ce qui contrefaisait le bois est devenu écorce.
Larus a conservé ce morceau de lino dans l’état exact où il s’est détaché du mur, avec ses formes et ses proportions. La partie brune qui constitue le visage avait cette apparence écailleuse au moment de l’arrachage. Seuls les yeux, le nez, la bouche et une oreille ont été ajoutés. La coiffe de ce personnage intègre d’ailleurs une zone d’aspect pointilliste demeurée dans son état originel et où seul un léger frottis de pastel rouge et noir a été passé.
On notera que l’arête du nez est dirigée vers le bas.

Voici, à propos de ces linoléums, les quelques lignes qu’E. Larus écrivit pour le livre Maisons secrètes (Editions Area) paru en octobre 1990 :

Cabanes dérisoires de bois et de linoléum
découvertes au hasard des dimanches
Les insectes s’y cachent pour tisser leur cocon :
araignées pensives, frelons endormis,
guêpes frileuses, cloportes besogneux...
Pardon d’avoir un jour d’automne
violé vos territoires, détruit vos nids
pour les faire vivre ailleurs
en d’autres lieux ou la nature a perdu ses droits
Vengeances inavouées de mes peurs enfantines ?

Lambeau de linoléum au ciel morcelé,
l’araignée couturière a blanchi tes bordures
mon fusain y dépose sa semence noire
le pastel effleure ta peau granulée,
abandonne son pollen au creux des cicatrices

L’hélicoptère survole la campagne,
gros bourdon métallique prédateur de rêves
Le jardin endormi a fané mes couleurs