Femmes au palmier
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Femmes au palmier 1989 - Acrylique sur carton, 82 x 80 cm
Collection privée, Paris

Cette peinture sur carton est plus élaborée que les travaux sur le même support auxquels Eliane Larus a donné avec à-propos le nom de dessins peints.
La reproduction de cette œuvre devient particulièrement intéressante lorsqu’on l’observe tenue à l’envers. On perçoit alors mieux la sensibilité du trait, la liberté de geste et d’esprit, et les correspondances qui s’établissent entre les divers éléments de la composition : la ligne qui définit le côté gauche de la femme dominante se prolonge dans une courbe du palmier; le côté gauche de l’autre femme se continue dans la ligne oblique qui part de son cou, etc.
Cette peinture a débuté par la tête du plus grand personnage, puis par son corps. Le personnage de gauche a ensuite été inscrit dans la courbe qui, du sommet de son front à la naissance de ses cuisses définit son profil. Cet arrondi est venu naturellement de l’inclinaison donnée au premier personnage, et accentue l’impression de basculement vers la gauche que le cintrage du palmier amplifie. Ces deux personnages ont été idéalement disposés dans le format carré, au centre d’une composition nettement triangulaire.
L’un des bras de chaque femme semble rattaché à la base de son cou. Cette manière n’étant pas rare chez Larus pourrait paraître comme l’une des caractéristiques confidentielles de son dessin.
L’intéressante torsion subie par le bassin de la femme de droite aboutit à une contradiction de plans, à un jeu plastique entre vues de face, de dos, et de profil. Mais on prêtera surtout attention - il s’agit du point fort du tableau en ce qui concerne l’invention formelle - à la manière dont les épaules et les bras de cette femme sont définis par une double courbe en forme d’accolade dont la pointe est dirigée vers le bas.
L’unique main visible est indiquée très sommairement. A ce propos, et en dehors du genre réaliste, on peut remarquer chez les personnages peints par Larus plusieurs sortes de mains fort différentes. Les unes sont informelles ou géométriques, d’autres ressortent du genre graphique, du schéma ou du signe. Certaines enfin évoquent des arêtes de poisson et des fils de fer. Proche du type informel se situe un mode de représentation regroupant : pattes, nageoires, et appendices divers. Parfois on notera la présence de personnages sans main, sans pied, ou sans cou, et jusqu’à des formes vagues, sortes d’ectoplasmes privés de bras et de jambes. Ces remarques, évoquant l’éventualité d’une étude typologique, confirment chez Eliane Larus un état de recherche plastique permanent.
Dans cette scène, deux femmes ne portant pas de vêtements se trouvent côte à côte dans un paysage exotique. L’une d’elles parait avoir posé un coude sur ce qui ressemble à la rambarde d’une terrasse. Leur attitude n’est pas sans évoquer une certaine coquetterie : elles semblent en effet poser dans une posture un peu provocante destinée à mettre leur corps en valeur. A moins qu’il ne s’agisse d’une espièglerie de filles nubiles un soir d’été ?
Mais au-delà d’un hymne au bonheur de vivre (dans un état originel indemne de péché) ne pourrions-nous pas voir en cette scène une survivance du rêve pénétrant de Wassily Kandinsky qui se poursuit dans la peinture figurative chaque fois qu’elle est libre et inventive et qu’elle devient elle-même son propre sujet ?
Grâce à la manière dont s’exprime leur lyrisme, ces Femmes au palmier ne devraient-elles pas être vues aussi comme un hymne au dessin, au bonheur de peindre, et à la liberté ?