Maternité au mur Aztèque
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Maternité au mur Aztèque 1991 - Encre de Chine et pastel sec sur amate
40x30 cm
Collection privée, Paris

Ce dessin est réalisé sur amate, papier traditionnel d’origine aztèque fabriqué avec la fibre d’un arbre qui se prête bien à l’imprégnation des pigments du pastel sec.
L’arrière-plan a été inspiré à Eliane Larus par les restes d’un mur ancien situé près de Mexico et les points entourant les pierres figurent les cailloux noirs qui ont été à l’origine scellés dans le ciment.
Par ses couleurs vives, le personnage central évoque les costumes portés par les Indiens du Mexique et du Guatemala.
Comme dans presque tous les amates réalisés par Larus, une tête anthropomorphique occupe une position dominante, rappelant les angelots de l’iconographie chrétienne, mais il s’agit aussi d’un soleil personnifié, rappel furtif de dieux anciens, et dont la fonction dans l’univers fantasmatique de Larus est l’observation attentive et discrète des activités humaines.
La tête de l’enfant visible au premier plan donne l’impression d’être posée sur son épaule droite, ce qui constitue une curieuse et intéressante audace prise avec l’anatomie.
A l’arrière-plan, un être bizarre mi-chien mi-poisson se dresse sur ses pattes. Les couleurs s’assombrissent ici, donnant un caractère plus dramatique à tout ce qui est au-delà du mur. Prenant appui sur une sorte de portique, un personnage évoquant un vieillard ou une momie semble surgir de cet endroit. On pourrait y voir l’irruption du monde ancien dans le monde moderne symbolisé par les journaux abandonnés sur le sol. Mais nous pourrions tout aussi bien faire une lecture purement plastique de la scène, le mur s’expliquant alors par la nécessité d’une opposition à la verticalité du personnage central qui a précédé tous les autres éléments de la composition, et avec lequel il a donc fallu composer. Dans ce cas, les journaux ne seraient plus que le prétexte, l’occasion d’opposer des formes anguleuses aux courbes qui, au centre, définissent avec délicatesse la silhouette de la mère.
On voit ici qu’en peinture, opposer n’est pas contrer mais au contraire compléter ou fortifier, et que chez les bons peintres c’est moins l’anecdote qui conditionne la forme que celle-ci, plus souvent qu’il n’y paraît, qui génère l’histoire.
Lorsque Eliane Larus arrive au Mexique en Juin 1991, après l’attribution du Prix Léonard de Vinci trois mois plus tôt, elle n’a qu’une idée sommaire de l’histoire du pays.
A travers les Murales de Mexico et ceux du Palais du Gouverneur de Merida elle comprend que le cinquième centenaire de la découverte du Nouveau Monde ne sera pas la commémoration d’une prétendue “rencontre” mais plutôt celle de la plus grande hécatombe de l’histoire.
En un siècle, de soixante à cent millions d’hommes, de femmes, et d’enfants ont disparu, décimés par l’apport imprévu de nouvelles souches microbiennes, mais aussi exploités, volés, tués avec une cruauté qui dépassera celle des Aztèques. Chez les Indiens du Mexique ancien les sacrifices humains n’avaient d’autre fonction que de garantir le retour quotidien du soleil, d’entretenir la bonne marche de la mécanique céleste, assurant ainsi la continuation de la vie.
Le voici donc, le pays de l’émotion immédiate, la terre des splendeurs et des calamités, dont Larus avait soupçonné le malheur ultime en peignant six ans plus tôt un panneau hommage intitulé Mexico. On y voit Quetzalcoatl (le dieu Serpent à plumes, mais aussi le civilisateur toltèque légendaire) se frayer un chemin vers la lumière entre les poutrelles d’un édifice effondré. Étrange prémonition, car nombreuses sont les personnes qu’elle rencontre ici ou là - et jusqu’au centre de Mexico - qui précisent : “je ne suis pas Mexicain, je suis Zapotèque ; je ne suis pas Mexicain, je suis Maya...”. L’Amérique Centrale ne peut oublier qu’elle fut le lieu de civilisations irréparablement ruinées. Peut-être est-ce la raison des extravagances qui explosent dans maintes festivités, et parfois semble-t-il sans raison.
Du Mexique au Guatemala, Larus aura eu sa part d’émotions :
“Chichicastenango : l’altitude est de 2 000 mètres, l’air très pur, on pourrait se croire dans les Alpes s’il n’y avait les cris des oiseaux exotiques, des dindons, les hurlements des chiens qui se battent et ces pétards énormes genre coup de canon, je n’ai pas encore compris ce que c’est... Enfer et Paradis...
(...) Je viens de terminer mon repas, il est 19 h, on dîne très tôt et on se lève tôt ici : 7h du matin, mais à partir de 6h, beaucoup de bruit. Je passe devant l’église, il fait nuit, des braseros sont allumés par les Indiens pour se chauffer sur les marches qui sont noires de suie. Un homme encense le parvis en balançant une boite de conserve percée remplie de morceaux de résine. Au pied des marches : la place du marché, quelques lampes à gaz, des braseros pour faire la cuisine. Les Indiens mangent à de grandes tables dans une atmosphère prenante, dorment par terre, serrés les uns contre les autres. (...) Au Mexique, dans les églises du Chiapas, assis sur le sol avec des bouteilles de Mescal et des boites de Coca-Cola, ils brûlent des offrandes, raccordent à leur manière les dieux des deux civilisations...
(...) Le 12 juillet, à San Cristobal, je me trouve par hasard devant une église lorsque l’éclipse se produit. Quelques jeunes Indiens m’entourent, je leur apprends à se servir de mon filtre solaire. Ils crient, fascinés : “El sol y la luna ! El sol y la luna !”. Je me trouve vite assaillie par une trentaine d’adultes auxquels je prête mon filtre. Ils rient comme des enfants : je ne suis plus la gringa qui prend mais la gringa qui donne”...